L’aigle, la liberté… et le porno en 4K
Nom de domaine ? freedom.gov. Sous-titre officieux : “Fly, eagle, fly.” On sent déjà le solo de guitare et le drapeau qui flotte au ralenti (en plus du cavalier "Marlboro" qui trotte en haut).
Selon les sources citées par Reuters, le Département d’État plancherait sur un portail permettant aux Européens (et autres peuples visiblement trop protégés) d’accéder à des contenus bloqués par leurs gouvernements. Haine raciale ? Propagande terroriste ? Désinformation ? Sites adultes bien gras ?
Pas de panique. Freedom.gov pourrait inclure une fonction VPN pour faire croire que votre trafic vient des États-Unis. Bonus annoncé : pas de tracking des utilisateurs. Le rêve humide de tout forum conspirationniste. Officiellement, Washington parle de “liberté numérique”. Officieusement, ça ressemble quand même beaucoup à :
“Votre loi nous dérange, on va aider vos citoyens à la contourner.”C’est subtil comme un éléphant dans un magasin de porcelaines européennes.
Quand la liberté d’expression devient une arme diplomatique
L’administration Trump a fait de la “liberté d’expression” une pièce centrale de sa politique étrangère. Surtout quand il s’agit de dénoncer ce qu’elle considère comme la censure des voix conservatrices en Europe.
Le soucis est que la conception européenne de la liberté d’expression n’est pas celle des États-Unis. Là-bas, le premier amendement protège quasiment tout. Ici, l’histoire a laissé des cicatrices un peu plus profondes... Les lois européennes sur les discours de haine sont nées pour éviter le retour de certaines idéologies qui ont, disons-le, un peu mal tourné au XXe siècle. Mais visiblement, pour Washington, si un contenu est interdit à Berlin, Paris ou Barcelone, c’est forcément parce que l’Europe glisse vers “l’effacement civilisationnel”, formule déjà employée dans une stratégie de sécurité nationale publiée en décembre.
Rien que ça.
Un joli doigt d’honneur réglementaire
Pour les régulateurs européens, ce portail serait perçu comme une attaque frontale contre leurs lois nationales. Un ancien responsable du Département d’État, Kenneth Propp, cité par Reuters, parle carrément d’un tir direct contre les règles européennes. Et il faut reconnaître que la symbolique est puissante :
- L’UE inflige 120 millions d’euros d’amende à X (oui, le réseau d’Elon Musk).
- L’Allemagne multiplie les ordres de retrait de contenus liés au terrorisme.
- Meta se fait rappeler à l’ordre pour des publications à caractère raciste.
Le paradoxe délicieux
Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est le retournement historique. Avant le second mandat de Trump, les États-Unis finançaient des VPN pour aider les dissidents en Chine, en Birmanie, en Iran ou en Russie à accéder à une information libre. L’objectif : contourner des régimes autoritaires. En 2026, l’outil pourrait servir à contourner… l’Union européenne. On est passé de “aider les opposants dans des dictatures” à “aider les Européens à voir du contenu que leurs lois jugent illégal”. Glissement discret. Presque poétique. C'est beau !
Digital Services Act vs. Freedom.gov
L’Europe impose aux grandes plateformes de retirer rapidement :
- la propagande terroriste
- les discours de haine illégaux
- certaines formes de désinformation (les fameux fake news)
Le détail qui tue
Au moment où Reuters a consulté le site, freedom.gov n’affichait rien d’autre que :
- le logo du National Design Studio
- la mention “fly, eagle, fly”
- un formulaire de connexion
“Bon les gars, on n’a pas encore le backend, mais mettez un aigle. Les aigles, ça marche toujours.
Là, pour l'instant, c'est un cowboy mp4 animé sur son cheval avec un zôli effet css quand on passe la souris dessus.
Liberté ou chaos ?
Il y a une vraie question derrière la satire. La liberté d’expression est un pilier démocratique. Mais aucune démocratie moderne ne fonctionne sans limites juridiques. L’Europe a choisi de fixer des lignes rouges sur certains contenus. Les États-Unis, eux, protègent quasiment tout au nom du premier amendement. Freedom.gov serait le point de collision de ces deux visions.
Et si le projet voit réellement le jour, ce ne sera pas juste un site web. Ce sera un symbole. Un symbole d’une Amérique qui considère que la régulation européenne est une dérive. Et d’une Europe qui voit dans cette initiative une ingérence.
En attendant, le domaine est enregistré pour 1 an, l’aigle est prêt à décoller, et les juristes outre-Atlantique s’échauffent. 2026 commence fort. Et Internet n’a toujours pas fini de devenir un champ de bataille diplomatique. Franchement, on vivait plus tranquille quand les seules guerres étaient celles des commentaires YouTube.
Source : Reuters
Pour aller plus loin : Digital Services Act, Online Safety Act
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