Bonané
Oui à toi, à vous, à tout l'monde en fait. Aux proches, aux lointains, aux inconnus, à ceux qu’on ne reverra jamais, à ceux qu’on mute sur les réseaux sociaux mais à qui on souhaite quand même « le meilleur ». Parce que c’est comme ça. Parce que le calendrier a changé de chiffre et qu’il serait mal vu de ne rien dire. Alors voilà : santé, bonheur, réussite, amour, projets, sérénité, paix intérieure, stabilité mondiale, fin des conflits, fin des pubs, baisse des factures, hausse des salaires, disparition des bugs, plus d'attaques cyber, la fin des réunions qui auraient pu se limiter en un message, le grand remplacement (oui, je parle de la fin des robots dans les services publics et le remplacement par des vrais humains). On prend tout, même si ça fait beaucoup pour douze mois. On vous souhaite que tout aille mieux. Même si on ne sait pas très bien ce que « mieux » veut dire. Même si on sait très bien que ça n’ira pas mieux pour tout le monde. Même si, soyons honnêtes, certains continueront à passer une année de merde pendant que d’autres diront que « finalement, ça va ». Bonne année quand même. Parce que c’est la tradition. Parce que ça rassure. Parce que ça donne l’illusion d’un bouton "reset" sur la réalité.
Mais soyons sérieux deux minutes !
Les vœux de nouvel an sont un phénomène fascinant. Pendant quelques jours, on devient tous subitement bienveillants, optimistes et vaguement altruistes. On souhaite le meilleur à des gens dont on a oublié le prénom ou le nom (ça m'arrive à moi aussi), à des contacts LinkedIn jamais rencontrés, à des entreprises qui nous ont facturé des frais injustifiés toute l’année. Ce n’est pas de l’hypocrisie pure. C’est plutôt une coutume. Une sorte de contrat social tacite : je te souhaite le bien, tu me le souhaites en retour, et ensuite on reprend nos vies comme avant. C’est bref, automatique, parfois sincère, souvent réflexe. Dans le fond, on sait très bien que les vœux ne changent pas le monde. Ils ne stoppent pas les guerres, ne réparent pas les injustices, ne rendent pas les gens plus intelligents, ni plus patients, ni plus responsables, ne font pas maigrir (ou grossir). Ils ne transforment pas non plus miraculeusement janvier en mois heureux. Janvier reste janvier. Froid, long, morose, avec un compte bancaire qui n’a pas encore compris ce qui lui est arrivé en décembre. Mais malgré tout, on continue.
Pourquoi ?
Parce que souhaiter le bien, même mécaniquement, reste moins nocif que souhaiter le mal. Parce que c’est une micro-pause collective où l’on admet, sans trop le dire, que le monde est (un peu) bancal et que chacun fait comme il peut. Parce que c’est peut-être maladroit, mais jamais mal intentionné. Alors oui, les vœux sont parfois creux. Oui, ils sont souvent copiés-collés. Oui, ils manquent de profondeur. Mais ils disent quand même quelque chose : je te reconnais, je te vois, je te souhaite que ça ne soit pas pire. Et vu l’état général de la planète, ce n’est déjà pas rien.
Espérer que tout ira pour le mieux à chacun, ce n’est pas être naïf. C’est accepter qu’on n’a pas beaucoup de contrôle, mais qu’on peut au moins garder une forme d’humanité, même symbolique.
Alors bonne année, vraiment (si, si, j'insiste !) Pas parce que tout ira bien, mais parce que malgré tout, on continue d’y croire un peu.
Commentaires (2)
La période des vœux me rend toujours mal à l'aise, quasi nauséeuse, quoique les chocolats de Noël y sont sans doute pour quelque chose.... J'essaie de survivre jusqu'au 1er février, je me planque, pour qu'on oublie un peu mon existence et qu'on ne me souhaite pas la bonané,. Parce que je serai bien obligée de faire de même, vu qu'on m'a prodigué la bonne éducation pour ça. Alors je me force à répondre, mais ça se voit que c'est forcé, pas trop naturel, ça fait encore plus malpoli, me réprimanderait ma maman. Et la bise, la bise qu'il faut rendre aussi. À tous, à chacun, j'en ai les joues toutes usées avant le 5 du mois. Cauchemar ... j'en viens à regretter les précautions de l'ère Covid et de son confinement. Et bien chers amis, je vous aime, mais vous comprendrez bien que je ne vous présenterai pas mes vœux. Mais le dites pas à Maman.
Il est vrai que les voeux systématiques et automatiques envoyés par ceux qui tentent en permanence de vous plumer a quelque chose de dérangeant et ne nécessite pas de réponse. Mais pour ma part, je me plie en partie à la tradition en essayant de personnaliser les voeux, en essayant aussi de faire passer quelques messages. C'est également l'occasion de reprendre contact par mail, téléphone, visio etc... avec des personnes qu'on a quelque peu délaissées dans l'année... Certaines s'en foutent, mais d'autres y sont sensibles.
Alors si lors de ces voeux, j'ai pu donner un peu de moral et de positif, ce n'est pas du temps perdu.
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